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12 juillet 2008

No country for old men

Ce début de semaine, en re-séjour près de Rimouski, là où le fleuve se sale (j'en reparlerai). Nuits miteuses pas loin de l'eau, mais encore plus près de la route.
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motel de nationale 20
d’ombres chargées et d’assassins
les chambres moites les télés
les douches de néons pétés
convulsent en pulsations rauques

au resto dégueulasse et glauque
repeint de phares de remorques
on rouvre des écorces mortes
d’où s’échappe un blues épais

deux ampoules vertes clignotent
dans le vent du froid St-Laurent
comme deux yeux hallucinés

puis un bourdonnement transperce
les murs de bois ou de carton
à l’autre bout de la pension
un vieux crevé sur sa litière
écoute Chasseurs de Mystères

22 juin 2008

Retour de voyage(s)

Un mois et peu après...
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Saint-Jean-de-Terre-Neuve est une ville sombre
creusée par l’eau comme un cœur froid de jésus-christ
grise brume salée l’odeur des poissons frits
formes des icebergs le silence sonore
silence de falaise abreuvée de ressac
craquement du vieux bois coloré des baraques
silence des chaluts qui quadrillent la nuit

01 mai 2008

Voyages

L'été, pour les scientifiques, c'est la saison des congrès. Un vieux prétexte bien connu des médecins pour se tirer à Hawaï ou aux Fidji sans la famille...

Bref, en ce qui me concerne, je vais enfin m'extraire de mon canapé, épuisé par des heures de BSG (vraiment extraordinaire, cette série. Et ceux qui me connaissent savent que s'il y en a un qui n'a rien d'un fan d'épisodes et de saisons, c'est bien moi), et je vais aller retrouver mes icebergs de Terre-Neuve, puis découvrir l'Ontario, enchaîner avec le Nouveau-Brunswick et enfin finir , au pays des cétacés (l'université du coin est, paraît-il, envahie de Français qui sortent du bac pour aller sauver les baleines (de quoi, d'ailleurs ?) mais qui se rendent compte, un peu échaudés, qu'il faut d'abord faire des études en sauvage de baleine).

Dans ce dernier endroit, j'ai vu une table d'examen post-mortem pour baleines. Sept tables de ping-pong alignées en longueur. J'attends impatiemment de revoir le poulpe géant et ses copains les narvals qui trônent dans les divers halls d'entrée des centres de recherche.

Bref, tout ça pour vous dire que moi qui ai tant haï la bio d'une sainte colère, qui lui ai toujours trouvé une imprécision exaspérante, je me laisse peu à peu gagner par les enjeux scientifiques bien présents du domaine, tout autant que par l'envie de  contrer certaines conclusions un peu trop définitives. Décidément, j'aime  les domaines conflictuels.

Mais lors de ces voyages que j'essaie toujours de prolonger, il y a surtout la découverte.  Les rues tordues de Jérusalem, le dôme d'or sur l'esplanade vide, les escaliers intransigeants de Lisbonne, les highways poussiéreuses autour de Santa Fé, les petits trains rouillés de la Costa del Sol et donc, les chemins éclaboussés des falaises de Terre-Neuve, presque invisibles dans la brume perpétuelle. Des lieux de passage que j'aime emprunter seul.   

15 avril 2008

Enfin l'été

Ouais, finis les -12 degrés et les infâmes chaussures délavées au calcium.   Bienvenue, mes Converse niou-yôrkhèses !

Dire qu'hier encore, sans m'en vanter, je me terrais dans la cathédrale de la douleur, jetant dans le blizzard ou le noroît de grasses poignées de désespoir que venaient parfois reléguer aux tréfonds de l'espace, l'espace d'un instant,   des trombes célestes qui promettaient des jours meilleurs mais mythiques. J'ai douté, Crisse ! Tes oreilles en craquèrent de désespoir sous mes dents convaincues d'apostasie.

Mais c'est vraiment fini. Les érables pleurent joyeusement aux obsèques finales. Le sucre est bien sucré, et nous bien ensuqués. Hargneux comme pas deux, les ours se réveillent à leur tour.

Bref, j'ai acheté aujourd'hui du sirop de citron. L'orgie.

Bon, on se calme, y'a encore deux mètres de neige dans ma fac, mais au moins, on a récupéré la poubelle (et aussi cinq écureuils morts et la tête étonnée d'un koala breton). 

12 avril 2008

Mon ami surgelé

Il est roux, barbu, et trimballe sans arrêt un thermomètre. Félicitations à mon ami Gou, qui quitte un extrême pour un autre, après de durs moments d'expectative !

Franchement, ça pète, non ? Vous en avez beaucoup, des potes qui vont passer un an à faire rôtir des manchots pour le petit-déjeuner ? François, après ça, il ne te reste plus qu'à devenir astronaute. Seras-tu le premier Corse en Antarctique ?  Comme je regrette de ne pouvoir participer aux écoulements de champagne, de si loin...

Une pensée émue pour nos anciens condisciples de l'école d'ingénieur, dont l'horizon de travail est un écran (total).

En fait non, pas de pensée émue.

Maintenant, comment aller le voir (je le lui ai promis s'il réussissait) ? Y'a bien un bateau qui quitte la Tasmanie tous les six mois.... Enthousiasmante question !

28 mars 2008

Rions un peu en attendant ....

Je ne sais pas si c'est moi, mon bouquin de Maurice G. Dantec, la terre qui semble dégueuler une neige plasmique, salée et brunâtre, ou la musique de Janacek que j'écoute en douce au bureau, mais voyez-vous, je me sens ce soir un peu lugubre. Alors j'en balance un sur les vieux.   

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cette machine d’or de chlore et d’écarlate

s’empare de ton sac aux anses de peau fine

où pèsent des os creux de plus de cent années

tu dors – elle est bâtie autour de toi de sang


courbe du temps raidie en ligne infinissable

une couleur d’écran tait son claquement sec


c’est donc ainsi, dira cet enfant fasciné,

la mort ? – la fin de vie, corrigera la dame

qui rabat les rideaux lasse de la journée


la pluie qui tombe là est déjà presque larmes

21 mars 2008

Tout a (bientôt) une fin

Depuis quelques temps, il y a dans l'air québécois comme une atmosphère de léger découragement.

Serait-ce la faute de ces records de neige battus depuis une semaine (plus de 5m en ville, du jamais enregistré de mémoire de caribou) ?  Bercés par la symphonie des toits qui s'effondrent les uns après les autres sous les conséquents amas de flocons, les Québécois déambulent dans les rues en évitant de glisser tous les deux mètres, et répètent aux étrangers que c'est pas dieu possible, tout ce  bastringue, on sortira jamais de cet hiver, c'est certainement la faute des libéraux ou d'Ottawa.

J'ai beau leur dire: hé, c'est magnifique ! Regardez-moi ces arbres timburtoniens qui ploient comme Caïn sous le péché.  Et c'est bon quand c'est frette !  Faut pas se plaindre : les Français, quand ils marchent dans la neige pour se rendre au boulot, c'est qu'ils bossent à Courchevel (vous souvenez-vous d'un véritable hiver, Parisiens mes amis ? Je ne parle pas de cette fine gelée grisâtre qui paralyse le métro une fois tous les trois ans).  Allons, ce n'est pas un petit -30°C fin mars qui va nous  empêcher de batifoler dans les parcs et d'avaler le bon vent fou comme nous le faisions étant gosses, lors de nos camps scouts  en Sibérie ! Ah, les rudes marches pieds et torse nus, le hurlement des loups, tout ça.

Mais bizarrement, bien que mon visage avenant et mes yeux clairs expriment la joie la plus béate, je ne m'attire en retour que des regards de haine.

Je vais vous le dire : après avoir vécu le plus long et le plus dru des hivers québécois, nous ne pouvons que partir en quête d'autres records. Vivement l'été le plus humide de l'Amazonie et les meilleures sécheresses d'Afrique ! Merci, global warming !

16 mars 2008

Faux holorime 1

haut comme l’enfant triste, ment l’amoureux perdu

la pluie que tète drue la terre veule fuit

oh comme l’an fend tristement l’amour éperdu

appuie ta tête brune à tes rêves enfuis

09 mars 2008

Noces de coton

Eh oui, un an demain ! "Coton" leur va très bien, il y en a plein partout. Voici ce qui est prévu: trois jours où l'on fait néant sur un lac gelé au fin fond du bout du monde. Extraits d'un précédent passage.

(pour une fois, les photos ne sont pas de moi. J'espère que Gou me pardonnera cet emprunt amical)

P1060790












P1060805











P1060813











P1060822

02 mars 2008

Volatile disloqué 1

Tout heureux un archange

le gosier grand ouvert

dépiautait les étoiles

d'une succion bien fière.

À voir, c’était étrange.

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