Premier jet, tiré de Terre promise.
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nous comptons nous comptons les ombres ensablées
les étoiles semblant s’affaler dans les flots
qui s’éteignent plus haut que monte le silence
où cesse la couleur roulante des marées
nos pas après nos pas dessous les courants chauds
creusent des souterrains dans la poussière dense
parmi les sédiments, marchant entre les roches
brûlées de fumée grise et brisées et bouillies
nous comptons nous comptons
ces lents endroits du monde appartenant aux morts
nous décomptons leurs corps
les toises de la mer que rongent les rivages
l’ouverture des trous semés d’algues éteintes
où plus un mouvement n’écarte les abysses
l’achèvement du temps écroule les étages
et dans cette même eau puisée à pleines mains
nous décelons d'un souffle
le soluté pierreux d’astres tombés jadis
nous comptons les débris de chair des littoraux
aux pieds de la falaise à forme d’animaux
resserrant le contour du bleu infinissable
nous comptons yeux fermés crâne dans la pénombre
mains posées sur la flamme
les bêtes de la mer
oubliant ceux d’ailleurs qui marchent en forêt
et respirent l’hiver sarclant les arbres morts
plus loin que l’horizon étroit des haies de gui
que le rectangle fait au tracé de l’équerre
nous préférons le pas somnambule du large
la main sur le compas
glisse au bord de la table où des feuilles d’acompte
débordent de dessins de glaces dérivant
entre les chiffres court une flèche du vent
et des visages peints rient, pensant au voyage
recueillis dans l’effort et raturés d’écume
entre ces chiffres mûrs ôtés d’arbres en neige
nous retendons les fils d’un agrès de fortune
nous machinons l’espace
les rives du lointain ont perdu toute trace
l’affleurement du sable étouffe tous les bruits
le bleu du bleu jailli par son aridité
prend la place en les yeux vacante du désir
au perron frappent des poings ivres de l’attente
les rêves en ressac ondoient dans l’auditoire
on attend des mots francs qui forgent les mémoires
des paroles violentes
mais nous restons silence
silence de la peau que frôle un vent abstrait
silence de grands pas foulant les ondes noires
d’espaces idéaux - silence électronique
anxieux de l’oubli
mains posées sur la flamme
nous prenons la mesure ultime des saisons
toujours dans nos poumons
de longues coques écrites comme des pierres
de versets végétaux
résonne l’écho bref des rameurs et des rames
de cris gerçant l’orage aux timbres de métaux
résonne aussi - plus doux - un tintement de sel
comme des cristaux d’or tamisés par les lames
dans un soupir du ciel
résonne l’océan
plus noir que bleu profond qui teint les peaux de l’âme
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